C'est aux Bougainvillées, à Ambalavao,
où nous avons dormi à l'aller, que nous déjeunons
à l'ombre des arbustes.
A Fiana, nous retrouvons les deux jeunes de ce matin qui ont
réussi à se faire rembourser leur journée
et demie perdue et qui sont arrivés en stop jusqu'ici.
Munis de billets pour le train local de demain
qui va parcourir en dix heures les 170 km séparant Fiana
de Manakara, nous partons visiter la ville, d'abord en voiture
pour découvrir le spectaculaire panorama, puis à
pied à travers la pittoresque vieille ville. Les scènes
de rues se répètent, trottoirs animés,
marmites posées sur des brasiers, vendeurs de beignets,
de fruits et ce qui ne manque pas d'attirer notre attention,
taxis-brousse pleins à craquer, ils sont une trentaine
(pour quinze places environ), le dernier monté devant
tenir la porte qui ne ferme pas à cause du nombre de
passagers, quand il n'est pas sur le marchepied. Et toujours
et encore :"bonjour ", "bienvenue à Madagascar",
sourires, saluts de la main, gentillesse gratuite.
Nous rentrons à l'hôtel pour un dîner agréable.
Quant à notre chambre, elle est originale, un petit salon
avec fauteuil, télé et bureau, surmonté
d'une mezzanine où se trouve le lit.
Avant de se coucher, on a fait la chasse à un petit lézard
vert fluo, un gecko, qui courait sur le mur de la chambre, mais
on n'a jamais réussi à l'attraper pour le renvoyer
dehors. Espérons qu'il ne viendra pas courir sur nous,
cette nuit.
Le coût de la vie
Cours de l'ariary en octobre 2011: 1 euro = 2780 ariary.
Le salaire minimum d'un ouvrier ou d'un homme à
tout faire est de 71 000 ariary (ar), celui d'un travailleur
agricole d'environ 77 000 ar
Un instituteur d'école publique perçoit
à peu près 150 000 ar tandis que dans le
privé il reçoit le double environ, mais
le calcul est approximatif, car les professeurs sont payés
à l'heure.
L'artisan du bois économise pour des lunettes qui
coûtent de 35 à 45 euros. Pas de sécurité
sociale à Madagascar !
En un mois, il peut gagner 100 000 à 150 000 ariary,
il travaille à la pièce fabriquée.
Le conducteur de pousse-pousse loue son véhicule
5000 ar la journée. Un malgache paie environ 500
ar pour une course et un touriste dans les 4000 ar.
Les policiers et les gendarmes sont les fonctionnaires
les mieux payés, presqu'un million d'ar, pour celui
qui a trois barrettes. Il paraît qu'on les bien
pour éviter la corruption. En réalité,
ça n'y change pas grand chose !
Notre chauffeur reçoit 15 000 ar par jour pour
nous accompagner, et dans certains hôtels, le repas
et le lit lui sont offerts. Mais il arrive qu'il doive
débourser 4000 ar, pour le repas et 8000 pour dormir,
quand l'hôtel n'a plus de place pour loger les chauffeurs
gratuitement.
Un guide peut toucher 45 000 ar par jour.
Pour vivre en couple avec un enfant, il faut compter 8000
ar de dépenses quotidiennes.
A Tana, beaucoup de femmes travaillent et ont en moyenne
deux ou trois enfants.
Dans la capitale, une chambre dotée de sanitaires
à l'extérieur se loue entre 60 000 et 100
000 ar selon qu'elle se trouve en périphérie
ou au centre. En général, elle est équipée
de l'électricité, mais pas toujours de l'eau.
Un concert à Tana, avec une vedette connue, se
paie environ 10 000 ar.
Un litre de gas-oil coûte 2850 ar.
Le paquet de cigarettes le moins cher vaut 2000 ar. |
Mardi
18 octobre
Levés à 5 h 30, nous sommes à la gare une
heure plus tard. En effet, le train part à 7 heures et
nous devons arriver un peu avant. Dans les rues, les gens lourdement
chargés, paniers ou fagots de bois sur la tête,
courent déjà dans la rue comme des fourmis.
La gare est pleine... Nous ne montons dans le train qu'à
7 h 45. Mais il ne démarre pas encore. Il paraît
que nous sommes en première classe. Heureusement que
c'est marqué sur le wagon, on ne s'en serait pas douté,
banquettes étroites et dures, petit porte-bagages au-dessus
et un crochet de fer pour suspendre un sac ou un vêtement.
La couleur des parois est indéfinissable, indéniablement
sale.
Hary, pendant notre voyage, va rouler vers la gare d'arrivée,
où il nous récupèrera vers 16 heures, si
tout se passe bien.
Pour l'instant, on entend dire que la loco est à l'entretien,
on ressouderait une fissure qui se serait découverte
ce matin. C'est embêtant car il y a dix heures de trajet
et nous allons arriver tard à Milosy, après quoi
il nous restera plus de deux heures de route pour Mananjary
or il est déconseillé de rouler après la
tombée du jour, car c'est dangereux. La nuit, voitures
et taxis-brousses, roulent à plusieurs, par sécurité.
10 h 15 : Le train s'ébranle doucement
!
Nous traversons Fiana, les habitants nous regardent depuis le
bas-côté, agitent le bras. Un train passe, c'est
la joie !
Vohimasina... Sahambavy...Ampitambe... Rizières, champs
de blé, villages... Arrêt à chaque gare...
Marchandes de beignets, de bananes, d'ailes de poulet, d'oeufs
durs, jeunes enfants traînant au bord des rails, en attente
d'on ne sait quoi, un cadeau, une bouteille vide, un bonbon,
un stylo...
A chaque gare le spectacle se renouvelle. Cette gamine vend
du café dans un broc, et porte de l'autre main un seau
où trempent, dans une eau douteuse, deux ou trois gobelets.
Les gamins en casquettes ou bonnets, pulls dépenaillés
et crasseux, courent au bord des rails. Celui-là a-t-il
deux ans ?
A Ranomena, les femmes proposent sur des plateaux ronds, mini-bananes,
cacahuètes, grosses écrevisses rouges... Alentour,
assis sur un tas de planches, des femmes, des enfants nous observent.
Pour ces villages perdus dans la nature, le passage du train
est une véritable aubaine, petites ventes, pièce
par pièce, mais qui sans doute représentent un
supplément d'argent appréciable pour eux.
Après quelques tunnels, nous pénétrons
dans la montagne, aux flancs couverts de bananiers, d'ananas,
tandis qu'au creux de la vallée profonde, des rizières
tapissent le sol. Paysages extraordinaires !
Andrombovato... Encore des cabanes de planches, des ribambelles
d'enfants, tous pieds-nus... De notre compartiment, descendent
deux ou trois trekker avec leur montagne de sacs à dos,
bientôt encerclés par les bambins curieux qui les
observent. Quelques choux près d'une cabane et une seule
marchande qui propose du riz enveloppé dans des feuilles
de bananiers cuites. Comme partout, des poules déplumées
picorent dans la boue.
Madiorana... Le train stoppe dans un grincement. Une troupe
de gens et d'enfants surgis de nulle part, courent sur les rails,
derrière le convoi, jusqu'à ce qu'il s'arrête.
Plateaux de bananes, beignets, feuilles de bananiers fourrées
de riz pilé, circulent au milieu de la foule attroupée.
Une voyageuse distribue des bonbons à la portière
du train, les enfants s'agglutinent autour d'elle, mains tendues,
poussant des cris perçants et jouant des coudes pour
passer devant les autres. Nous repartons entre bananes et rizières
dans la haute montagne si verte.
Tolongoina... Plateaux de merguez, boulettes
de viande, samossas et toujours bananes nature ou en beignets.
Amboanjobe... L'arrêt est au pied de l'école primaire
publique... Grappe d'enfants... Images poignantes...
Manampatrana... Arrêt interminable... Et puis un long
couloir de verdure que le train déchiquette au passage,
répandant de délicieuses odeurs de feuilles écrasées
qui se projettent à l'intérieur par les fenêtres.
Onilahy... La végétation devient plus tropicale,
palmiers, arbres du voyageur et toujours bananiers. Le train
reprend sa descente vers Manakara, il est 16 heures ! Nous devrions
être arrivés à Mizilo, la gare où
nous attend Hary avec le 4x4. Nous longeons maintenant une large
rivière verte et entrons bientôt dans le domaine
des bambous. En contrebas, chaque recoin est exploité
en terrasses pour le riz.
Mahabako... Un cochon énorme se balade au milieu des
badauds, des colis qu'on décharge et des plateaux de
gâteaux et d'écrevisses proposés à
la vente. Un arbre énorme couvert de litchis veille sur
l'endroit.
Fenomby... Plateaux de poivre gris ou vert, baies roses, écrevisses,
fruits tropicaux, vente de fripes... Le paysage se teinte des
couleurs du couchant. Il est déjà 17 heures.
Sahaisinaka... La nuit est tombée et nous roulons toujours.
Mizilo... Nous descendons, notre chauffeur est là. Deux
heures de route nous attendent, en compagnie d'un autre 4x4
qui va à Mananjary, pour la sécurité. Les
deux voitures se suivent de près, filent très
vite. Nous arrivons au Vahiny Lodge, épuisés à
21 h 30.
Philippe du Vahiny Lodge (12 chambres) nous accueille avec un
apéritif. Nous faisons connaissance avec Jean Pierre
et Dominique qui viennent d'arriver en même temps que
nous et décidons de dîner à la même
table, en bavardant voyages évidemment. Un petit rhum
arrangé offert par Philippe après un dîner
délicieux de poissons et nous gagnons notre chambre à
23 h 30. Elle est immense et fort belle. Nous découvrirons
les extérieurs demain au jour.
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