Nous continuons vers Zawiercie, un panneau
indique "Objad"... Je ne trouve pas cette direction
sur la carte... Normal ! "Objad", ça veut dire
déviation. Moi qui, un peu partout — sauf en Asie
— ai toujours réussi, soit à comprendre
la langue, soit à déduire le sens des mots par
recoupements de racines, je me trouve là devant de véritables
énigmes. "Objad" signifie déviation,
"kosciol" église, "apteka" pharmacie
et "neclogi" à louer... Pour l'instant mon
capital de mots est mince. Parfois, on arrive quand même
à reconnaître une racine "restauracja",
"centrum", "fotoradar"...
A Ogrodzieniec, un imposant château en ruine domine un
piton rocheux. A proximité, des cheminées sculptées
dans la roche par l'érosion veillent sur l'ensemble.
Nous ne pouvons que nous en approcher à pied, mais pas
pénétrer dans l'enceinte car ce soir, il y aura
un concert et les visites sont supprimées. Cuivres et
batterie répètent et bientôt on entend aussi
les voix. Du bon rock en perspective, mais, nous serons loin.

Nous nous dirigeons maintenant vers Pieskowa
Skala et nous nous perdons en chemin, c'est tellement bien indiqué
! Finalement, nous n'arriverons jamais à trouver le château
de Skala. Nous aboutissons dans la vallée d'Ojcolv avec
ses rochers sculptés par le temps, une petite route grimpe,
grimpe à travers la forêt, traversant le minuscule
parc naturel Ojcowski, pour déboucher sur la nationale
qui mène à Cracovie.. A 18 heures, les panneaux
indiquent encore 30°6 et soudain alors que nous faisons
des courses à Carrefour (bien implanté en Pologne)
l'orage éclate qui rafraîchit enfin l'atmosphère.
Dimanche 19
Une pluie battante et froide nous réveille aujourd'hui.
Il ne fait plus que 16°. Nous visitons ce matin la mine
de sel de Wieliczka. Une guide parlant français nous
emmène dans les profondeurs de la terre. Un interminable
escalier de bois de 381 marches s'enfonce jusqu'à 64
mètres de profondeur où se trouve le premier niveau.
Mais la profondeur maximum de la grotte est de 327 mètres.
De nos jours, dit notre guide, la mine n'exploite plus le sel
mais seulement les touristes. C'est vrai qu'il y a foule, ça
bouchonne dans les couloirs ! Par endroits, les poutres vieilles
de 300 ans, sont pétrifiées par le sel. L'étayage
est d'une solidité à toute épreuve. La
température reste constamment entre 14 et 16°, l'air
est excellent pour les bronches à cause du sel. Cette
mine a rapporté à la région une grande
richesse, bien plus que de l'or. Par ailleurs, on n'y trouve
ni rat, ni insecte, ni aucune autre sorte de bestiole car l'eau
y est salée.
Une nouvelle longue descente nous conduit au niveau 2 à
moins 84 mètres, et encore plus bas, à moins 100
mètres, nous découvrons une immense salle sculptée
dans le sel, dont les lustres sont en cristaux de sel. Le sol
lui-même est fait en dalles de sel poli comme du marbre.
La mine comporte plus de 300 kilomètres de galeries solidement
étayées... nous n'en parcourrons que 2,8 km !
Après quelques longueurs de galeries et la traversée
de plusieurs salles contenant des lacs de saumure (320g sel
/ litre), nous atteignons à moins 130 mètres,
un grand lac sur lequel des jeux de lumière accompagnent
la "tristesse de Chopin". Sous la terre, c'est toute
une ville, salle des fêtes, restaurant, chapelle pour
la prière... La balade se termine par la visite du musée
de la mine à moins 135 mètres. Nous nous trouvons
alors au troisième niveau, sachant que la mine en comporte
neuf. On n'y extrait plus de sel gemme maintenant mais on pratique
la récupération de sel blanc (sel de mer) grâce
à l'eau qui en s'écoulant sur les murs aux niveaux
4, 5 et 6 dissout le sel des parois.
Toutes les forêts de la région ont été
défrichées, pour boiser la mine. Quand tous les
arbres ont été abattus, on a demandé à
ceux qui venaient chercher du sel d'apporter du bois pour le
payer.
Le musée est immense et court dans plusieurs galeries,
on y voit outils, tonneaux, sacs, machines, blocs de sel et
un résumé complet du travail de la mine. Tout
est d'origine ! La visite fort intéressante a duré
3 h 20.
De retour à la caravane vers 14 h 15, nous déjeunons
et partons aussitôt pour le sud-est, dans la région
des Bieszczady à 200 km environ de Cracovie. Un peu avant
20 heures, nous sommes à Sanok.

Nous tournons une heure pour trouver le camping
Sosenki indiqué par le Routard, allant même voir
à pied dans les chemins indiqués, de crainte de
ne pouvoir faire demi-tour avec la caravane (7 m de longueur).
Finalement, Jean Paul s'informe en "langue des mains"
auprès d'un policier qui propose de nous conduire. L'accès
est si compliqué que nous ne l'aurions pas trouvé.
Nous arrivons escorté par le car de police. Ce camping
n'accepte ni les campeurs ni les caravanes, il se contente de
louer des bungalows. Le policier obtient que nous puissions
rester ici pour la nuit, en compagnie d'un petit camping-car
(français) arrivé juste en même temps que
nous. En Pologne, la "policja" sert donc à
autre chose qu'à distribuer des PV ! Bravo !
Lundi 20
Nous devons donc repartir aussitôt levés. Pas moyen
de négocier de rester ici un jour ou deux, comme c'était
notre intention, le patron ne parle que le polonais. Le temps
s'est remis au beau, c'est mieux qu'hier. Nous entrons au"Skansen",
grand musée ethnographique en plein air, qui expose 120
maisons polonaises démontées de leur environnement
naturel pour être reconstruites dans ce parc. Nous avions
visité un musée de ce type à Szentendre,
près de Budapest, c'était le musée ethnographique
du Skanzen. Un petit air de famille jusque dans l'appellation
!
Habitat de différents types, atelier de forge à
l'ancienne, outils agricoles rudimentaires, ameublement d'autrefois,
berceaux et coffres en bois, foyers blanchis à la chaux,
meules de foin à la façon d'antan, moulins, églises
en bois, énorme machine à vapeur, pompes à
eau antiques, charrette en osier, pompes à incendie à
main... Une biche bondit devant nous et traverse le chemin.
Tranquille promenade de 2 heures dans ce grand parc...
Ensuite nous avons roulé deux heures, soit une quarantaine
de kilomètres, jusqu'au lac Solinskye, pour trouver un
camping. Il y en avait un à Solina, mais nous l'avons
dépassé sans voir l'entrée, et de toutes
façons trop de monde déambulait dans le coin.
Pas assez tranquille ! En continuant vers le sud du lac, nous
avons dégoté à Bukoviec, un minuscule camping,
avec une entrée en épingle à cheveux (facile
pour notre grande caravane !) et nous nous sommes installé
près d'un arbre, de quoi manger dehors à l'ombre.
Juste derrière, coule la rivière Solinka. Il est
14 heures, il est plus que temps de nous restaurer un peu !
Ensuite, nous prenons la direction de Cisna, par une petite
route verdoyante peu fréquentée, qui traverse
les rivières San et Solinka. Joli itinéraire,
mais ce n'est pas celui que nous projetions de suivre. Nous
nous sommes trompés ! Normal, rien n'est indiqué,
nous choisissons les directions selon notre intuition... Forcément,
ça ne marche pas à tous les coups. Deux ou trois
demi-tours plus loin, nous sommes enfin sur la bonne route qui
longe la ravissante Solinka, la traversant à plusieurs
reprises, et ça sent délicieusement bon la verdure
!
Nous trouvons avec beaucoup de chance Majdan, d'où un
tortillard s'élève vers la montagne, mais trop
tard, il est déjà parti. La régions des
Bieszczady est pleine de fraîcheur... une voie ferrée
étroite et vieillotte, une route sinueuse, des cours
d'eau, la forêt d'essences variées, des maisons
en bois et la montagne tout autour. Une courte halte à
la vieille église en bois au toit vert de Szczawne, et
nous rentrons par une route bucolique qui grimpe vers le ciel,
alors qu'au-dessus de nous gronde le tonnerre et s'éteignent
les couleurs sous les gros nuages noirs zébrés
d'éclairs. Soudain l'averse s'abat sur la voiture, des
chapes de brume nous enveloppent. Le paysage s'évanouit.
Nous roulons au pas sous les grêlons et soulevons des
gerbes en traversant les eaux qui ruissellent sur la chaussée.

Brusquement c'est fini, le soleil éclaire
le paysage qui fume. Nous nous retrouvons sur un chemin de terre
qui mène, nous l'espérons, à la caravane.
Ce n'est pas la première fois, loin s'en faut, que nous
nous retrouvons lors d'un voyage sur une route non goudronnée.
En effet, nous nous aventurons souvent dans endroits sauvages
ou isolés (sans caravane évidemment). Nous ne
sommes donc pas vraiment surpris de nous retrouver sur ce chemin
forestier boueux, au bord duquel s'alignent de longs tas de
bois coupé. Il n'y a pas âme qui vive par ici.
Aucune indication de direction, rien que de la terre et des
cailloux, ce qui nous rappelle certaines routes de Roumanie
dans les montagnes Apuseni. Et ça dure des kilomètres
! Miracle ! On est sorti à l'endroit prévu !
Mardi 21
Après le barbecue de midi, nous nous enfonçons
dans les Bieszczady, nature intacte, petites églises
en bois, Ustrzyka Gorne, Michniswiec et bien d'autres, mais
toutes fermées et pas vraiment extraordinaires. Celle
de Rownie par contre est plus originale avec son toit en bois
au lieu de tôle, elle a la forme d'un gros bateau massif
et on a la chance, pour une fois, de pouvoir pénétrer
à l'intérieur. Ici ou là, nous rencontrons
un parking payant en pleine nature et des tas de gens aux alentours.
Ce sont des départs de sentiers de promenade, payants
eux aussi. Encadrement organisé de la nature ! Tel chemin
est réputé agréable, alors tout le monde
s'y retrouve, et du coup, il perd tout le charme que confère
la solitude aux lieux sauvages. Mais l'argent rentre dans la
caisse. Pour qui n'a pas l'instinct grégaire, comme nous,
ces balades ne sont pas tentantes. Marcher dans la nature, c'est
écouter la musique des oiseaux, le bruissement des feuilles,
le craquement des brindilles, le raclement des cailloux sous
les pieds... pas le "caquetage" des promeneurs bavards.
Nous faisons halte à Sanok, presqu'à la fin de
notre boucle. Quelques jolies maisons pastel sur la place centrale,
une église vert pâle, puis après une petite
promenade à Solina, au barrage du lac, nous rentrons
alors que la nuit tombe.
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